Amis auteurs merci pour votre participation à l'atelier d'écriture du mois de mars. Je vous rappelle le sujet ICI.
Vous n'étiez cependant pas très nombreux. Vous découvrirez trois auteurs que vous connaissez déjà un peu au travers de leur prose des mois précédents. Encore une fois, c'est un régal !
Pas de favoritisme, je vous rassure, mais les nouveaux auteurs ne veulent pas se faire connaître ! Tant pis pour eux et merci à ceux qui osent :-)
Je partagerai bientôt avec vous le nom du gagnant trimestriel des ateliers d'écriture...
Bonne lecture à tous
Cécile
Auteur : Laurenger
Laurenger se décrit comme un homme qui se cherche et ne sait pas où il habite...
Nous ne serons rien de plus sur cette belle plume.
L’argent, l’argent, tout s’achète et tout ce vent....
Ce matin là, lorsque mes grands pieds ont quitté le lit, ils ne se doutaient pas de ce qui nous attendait. Le soleil brillait, les montagnes resplendissaient; impossible de ne pas les rejoindre.... Un petit sac pour le casse-croûte, la nature pourvoira à la boisson, un petit billet pour le cas où, et me voilà parti. Depuis le temps que je souhaite découvrir les coins secrets de cette crète qui domine le village, cette journée va me le permettre.
A peine mes pieds foulent ils les premiers virages du sentier du col de l’Arc, que je mesure une fois de plus le bonheur de vivre sur ce grand plateau. Je quitte rapidement les champs en fleurs pour m’enfoncer dans les sous-bois et attaquer les premières pentes qui doivent me conduire jusqu’au col. Une fois celui-ci atteint, quel sera mon chemin? Un rapide coup d’oeil sur la vallée grenobloise enfumée, une pause au plus près de cette si généreuse nature, et je fais le choix du sentier “est” qui conduit au col vert. Le temps d’apercevoir deux marmottes et je sais qu’il faut quitter la quiétude de ce chemin et me diriger vers les sommets. Mais quelle direction prendre? De hautes parois rocheuses m’interdisent le passage. A certains endroits, il semble possible de les contourner par des pentes herbeuses entrecoupées de rochers à priori franchissables pour l’ancien escaladeur que je suis.
Parmi les différentes voies possible, je choisis celle du milieu; sans doute mes restes de penchants bouddhistes. Plus de chemin; de l’herbe, des pierriers et mes baskets qui ne s’avèrent plus être le meilleur choix. Après quelques glissades, me voici parvenu au pied d’un premier rocher d’une petite dizaine de mètres. Essuyage des chaussures, repérage des prises où poser les pieds et agripper les mains et c’est parti.....
Un premier passage facile, un second hésitant jusqu’à ce moment désagréable où l’on a l’impression de s’être fourvoyé. Au dessous, la dalle d’où je suis parti, au dessus, pas d’endroits accessibles pour les mains si ce n’est, là haut, ce petit graton ...Si je peux l’atteindre tant mieux et si je n’y parviens pas, la chute risque d’être douloureuse.
Petit temps d’hésitation et je redescends sur le roc du départ . Peut être n’était-ce pas pour aujourd’hui? Un peu de repos et de calme... Une autre solution? Cela semble difficile, tout n’est que rocher et plutôt vertical.
Ce petit bruit, qui n’avait pas attiré mon oreille la première fois finit par me faire tourner la tête et quelle ne fut pas ma surprise d’apercevoir si près, un chamois. L’animal venait de quitter son refuge et me fixait. Nous sommes restés ainsi un moment à nous regarder et il a finalement compris mon problème... Du moins peut-on toujours l’imaginer!!!
Toujours est-il qu’il a commencé à gravir l’éboulis du pied de paroi sur quelques mètres, puis il s’est retourné et, de nouveau, m’a regardé... Le temps qu’à mon tour je comprenne et il avait disparu derrière le rocher. Le voici donc le chemin! Il ne me fallu que peu de temps pour me retrouver sur ses traces et gravir à mon tour l’éboulis, atteindre le rocher et découvrir une étroite mais praticable vire; mais de chamois plus de trace. Je m’engageais donc à la recherche de l’animal perdu et progressais sans trop de soucis pendant une bonne dizaine de minutes. De nouveau un passage délicat, passage qui en d’autres lieux eût été négociable, mais, ici, avec les trente ou quarante mètres de vide au dessous, donnait à réfléchir. Bien sûr, j’avais réussi un parcours plutôt satisfaisant malgré mon manque d’équipement et ma méconnaissance des lieux, mais la chance me sourira-t-elle encore? Courageusement, je décidai..... de rebrousser chemin.
C’est alors que le vent s’en mêla. Plusieurs rafales qui m’arrivaient pleine face, m’obligèrent à me coller contre la paroi rocheuse, puis à tourner le dos à cet impétueux perturbateur de retraite. Bien m’en pris car je découvris qu’une petite variante devait me permettre de rejoindre la “voie du chamois”. En effet, en grimpant le long d’une petite faille, je réussis, sans trop me faire peur, à retrouver le passage qu’avait dû certainement emprunter mon guide. C’est incroyable hasard?,chance?,destinée?, me permit d’atteindre le sommet de cette petite paroi, de rejoindre une nouvelle pente herbeuse et de terminer au sommet de cette crête qui s’étire entre Vercors et Val de Drac.
Pourquoi ai-je alors glissé ma main dans ma poche? Je ne le saurai certainement jamais, mais j’ai pu constater que mon billet de 5 euros avait disparu. Et il faut bien avouer que c’était la première fois que je me rendais compte de l’étendue des méfaits de notre société libérale criminelle..... Même la nature en vient à monnayer les services qu’elle rend à l’homme!!!!
All right reserved Laurenger
Auteur : Thierry TestaA comme amour
Thierry est tombé dedans quand il était petit. Depuis il nage dedans…
A comme artichaut
J’ai un cœur…mais je me soigne.
E comme enfance
Le petit Thierry ne joue pas aux gendarmes et aux voleurs comme tous les autres garçons, il préfère se perdre dans les pages des histoires qui font rêver.
E comme envie
Envie d’oser, oser l’envie…
F comme fils
Voir plus loin à la lettre T…
N comme notes
D’abord de musiques… A noter également que Thierry a toujours un morceau de papier dans sa poche. On ne sait jamais..
P comme photo
Mon métier, et la passion qui m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui.
S comme sport
Beaucoup avant et encore aujourd’hui, mon équilibre en dépend.
J’en ai deux dans ma vie…
V comme vivant
L’aube d’un matin clair, les vagues sur la plage, le rire de mes enfants, ton regard sur moi… Je suis vivant.
Premiers Pas
Premier pas, premier amour, premier baiser, premier chagrin… Il y a toujours une première fois dans la vie. Et toujours on se souvient de ces doux tâtonnements.
C’était bien et le temps suivait son cours…
Et puis un jour, elle me dit : « Tu fais quoi samedi soir ? »
C’était une première…
Pour des raisons d’emploi du temps et d’autres liées à notre âge, on n’avait jamais passé de soirée ensemble. Et là, bingo ! Parents en week-end en montagne et devant nous deux jours et surtout une nuit rien que pour nous.. C’était une sacrée promotion qui se présentait devant notre toute jeune relation.
Je sautais donc sur l’occasion : « Bein, je t’invite au resto » lui dis-je en me grandissant un peu… J’aurais du réfléchir avant de tant faire le fier..
Le grand soir, j’étais fin prêt. Jean légèrement déchiré sur le genou droit, santiags neuves mais pas trop, et les cheveux rebelles, bien que fortement soutenus par un gel effet décoiffé tenue longue durée… Oui, je sais, moi aussi aujourd’hui ça me fait rire… Mais soyez indulgent, j’étais jeune, et puis que celui ou celle qui n’a jamais été ridicule me jète la première pierre…
J’avais retiré de mon compte d’épargne ce qu’il fallait pour tenir la soirée. Tout s’annonçait bien.
Et effectivement, la soirée fut géniale !
Resto sympa, ambiance tamisée…Le menu, composé d’une pizza et d’une coupe trois boules au dessert n’était pas non plus spécialement transcendant mais l’essentiel n’était pas là… On s’amusait, on se souriait, on jouait…Bref on passait un bon moment.. Jusqu’à celui de la note finale, le moment de payer.. Je crois que c’est quand j’ai vu le montant de l’addition que je me suis dit que pizzaïollo finalement, ça pouvait être un métier d’avenir. En attendant, le mien d’avenir se résumait à cet instant à demander à ma copine si elle n’avait pas une mastercard sur elle.
Quelques kilomètres plus tard, on arrivait devant chez elle. Ma petite amie n’était plus très en forme. Elle me le confirmait : » Je suis crevée, je vais me coucher… » Fin du spectacle… Le rideau tombe brutalement…
Et me voilà sur le chemin de retour… Je suis seul dans la rue et j’écoute mes pas résonner sur le bitume. J’ai mal aux pieds…
« Plus jamais de santiags si tu n’as pas de moyen de locomotion, Thierry… » J’ai toujours appris vite…
Je me souviens qu’il faisait froid, je me souviens que tout était calme. Mais ce dont je me souviens surtout c’est d’avoir souri en pensant à ma fin de soirée si magnifiquement ratée. C’était la première fois que je jouais à l’adulte. Et la première fois où je me retrouvais plus con que la normale. Oh, ce ne fut bien sur pas la dernière mais souvenez-vous la première fois, ça vous marque non ? Et là, j’étais marqué pour la vie…
Aujourd’hui encore quand je repense à cet instant, une douce chaleur inonde mon visage. même si hélas, nous savons tous que ces moments, ces premières fois souvent si difficiles à vivre et pourtant si essentielles à notre vie, finissent toujours par se diluer dans les puits sans fin du temps..
Il nous reste cependant l’essentiel, la chose à ne jamais oubliée : La magie de ces moments, la nostalgie de nos erreurs passés, et le souvenir de tous ces paradis perdus..
Et puis… Encore tant de première fois à vivre…
All right reserved Thierry Testa
Auteur : Aubazine Saxett
AubaZine Saxett vit à Brignoud, dans l'Isère
Elle est Adjoint Administratif Territorial au service informatique de la Ville de St-Martin d’Hères de métier.
Poétesse rustique et baroque, peintre, infographiste, photographe amateur, mère de famille, elle s'est formée :
- En ateliers d’écriture avec Franck Pavloff, Danielle Maurel-Balmain, Yves Béal.
- Aux Beaux Arts et à Supcréa à GRENOBLE en cours du soir, avec Thierry Cascalès, Fabrice Nesta, Chantal Legendre.
Elle Expose régulièrement ses peintures à St Marcellin, St Martin d’Hères ou Grenoble.
Fontaine, Isère. J’ai entre trois et dix ans. Je marche vers l’école, accompagnée de ma mère...
Juin : les troènes bordant la cour de la maternelle, près du bac de sable gris, surchauffent.
Bientôt l’été, bientôt la fin des classes !
Juin 2006, j’ai quarante-quatre ans.
Je roule à bicyclette nonchalamment sur l’avenue Ambroise Croizat.
Je m’arrête au feu rouge.
L’odeur persistante de la rangée de troènes entourant la cour de l’école Vaillant-Couturier me submerge en même temps que la chaleur monte de la chaussée.
Cette odeur des temps de l’insouciance enfouie me projette dans le passé, pareille à une lame de fond...
De fil en aiguille, elle me conduit doucement au parfum des tilleuls dont je coupais de pleines brassées que je disposais le soir, dans des brocs d’aluminium remplis d’eau, sous les grands marabouts bleus ; afin de calmer les enfants qui dormaient avec moi.
Première colonie de vacances en tant que monitrice, à Mens dans le Trièves.
À l’ombre protectrice d’une grosse montagne plate et trapue qui s’appelle l’Obiou... Que mes nuits étaient courtes, en ce temps-là !
Premier été de liberté : La lune rase les reliefs assombris de son énorme disque d’un beau jaune maïs...
Les cailloux des chemins que j’empruntais nuitamment luisaient d’un éclat bien doux, les feuilles d'herbes sèches bruissaient sur les collines.
J’ignorais encore que j’allais bientôt rencontrer mon futur premier amant, celui qui me donnerait doucement mon corps de femme.
Encore mineure, j’avais alors cette grosse bouille ronde de bébé-fille, toute criblée de taches de rouille au soleil.
Je ne pensais nullement à baiser avec les garçons, juste à me pelotonner dans leurs bras, rien de plus...
Si un me plaisait, j’en rêvait longuement, sans jamais oser ni le lui avouer, ni l’aborder pour lui dire quoi que ce soit.
Pas même que je le trouvais joli, gentil ou captivant.
Mon secret de lui renfermé en moi, me remplissait déjà simplement et m’aidait juste à m’endormir paisiblement.
All right reserved Aubazine Saxett



